La carte du Brésil de l'Atlas Miller

Les anciennes colonies portugaises

Le développement de l'empire portugais du XV au XVI eme siécle :

L'empire portugais s'amorce par la reconquéte de son propre pays occupé alors par les Maures, il se termine en 1249 après avoir atteint l'Algarve. Puis le roi du Portugal poursuivera sa croisade chrétienne dans les terres musulmanes du nord de l'Afrique. 

conquete du maroc par le portugal

En 1415, c'est la conquête de Ceuta (le Maroc) par Jean Ier de Portugal, il amorce le processus des « grandes découvertes » et marque le début de l'expansion territoriale portugaise hors de la péninsule ibérique. En effet le prince Henri le Navigateur, gouverneur de l'Ordre du Christ (héritier portugais de l'Ordre du Temple) organise et finance l'exploration systématique de l'Atlantique proche et des côtes africaines. 

Très vite le commerce très lucratif de l'or, de l'ivoire et des esclaves se substitue à l'esprit de découverte et de croisade. Il s'agira de trouver une autre route vers les Indes et le marché des épices. Les marins portugais découvrent les îles Atlantiques et s'y établissent : 

  • João Gonçalves Zarco découvre Madère en 1419, 
  • Diogo de Silves et Diogo de Teive les Açores entre 1427 et 1452
  • Dinis Dias atteint le Cap-Vert en 1444  
  • Álvaro Fernández le Sénégal en 1445

madere acores cap vert

En 1460, à la mort d'Henri, les Portugais ont atteint le golfe de Guinée.

  • En 1482 est fondé le plus important comptoir d'Elmina, l'actuel Ghana
  • En 1483, Diogo Cao atteint l'embouchure du Congo.
  • En 1488, Bartolomeu Dias double le cap de Bonne-Espérance avec une flotte de trois caravelles et pénètre dans l'océan Indien.
  • En 1499, Vasco de Gama revient de son périple vers les Indes où il a découvert Goa.

capbonneesperance vascodegama

Dans la première moitié du xvie siècle, les Portugais s’assurent le contrôle de l'océan Indien. Entre 1505 et 1511, Francisco de Almeida, le premier vice-roi des Indes, établit une série de comptoirs fortifiés. Puis, Afonso de Albuquerque s'empare de trois points qui commandent le passage des marchandises : 

  • En 1507 et 1517, Ormuz à l'entrée du golfe Persique
  • En 1510, Goa, la capitale de l'« Estado da India », sur la côte de Malabar
  • En 1511, Cochin, et Malacca  qui commande l'entrée du détroit du même nom. Les Portugais étendent leur domination jusqu'aux Moluques, îles riches en épices.

goa malaca portugal

En 1500, le Brésil, sera découvert officiellement par Pedro Alvares Cabral , les premiers établissements permanents datent des années 1530. 

decouverte du bresil

En 1513, M Jorge Álvares arrive en Chine 

  • En 1517, Tomé Pires parvient à Canton .
  • En 1557,  l'Empire céleste accorde aux Portugais le droit d'établir un comptoir sur la péninsule de Macao, dans l'estuaire du Xi Jiang.
  • En 1543, les portugais atteignent le Japon à Nagasaki.

japon macao portugal

Les autres pays qui ont été découverts par le Portugal :

  • Les Philippines, découvertes par le navigateur portugais Magellan en 1521,
  • Les îles d'Indonésie ont été découvertes et, pour certaines, colonisées par les Portugais au xvie siècle.
  • Bandar Melaka ou Malacca, est une ville de Malaisie, elle a été une possession portugaise de 1511 à 1641.
  •  L’île Maurice a été découverte par les Portugais au xvie siècle.

philippines magelan

Les pays qui ont été occupés par les portugais :

  • Plusieurs villes côtières du Maroc ont été occupées par les Portugais entre le XVe et le XVIIIe siècles. Elles conservent des traces architecturales de la présence portugaise.
  • Guinée équatoriale, explorées par les navigateurs portugais au xve siècle, les côtes et les îles de la Guinée équatoriale ont été colonisées ou fréquentées par les Portugais de la fin du xve siècle au milieu du xviiie siècle.
  • Uruguay. En partie colonisé par les Portugais aux xviie et xviiie siècles, l'Uruguay a failli être incorporé au Brésil au xixe siècle. Dans les villes et villages proches de la frontière brésilienne où un dialecte d'origine portugaise est parlé, le portugais est enseigné dans les écoles en 6e cycle. Actuellement, l’enseignement et l'usage de la langue portugaise s'étendent en Uruguay.

colonie portugaise afrique ameriquedusud

Les pays où le portugais est la langue officielle :

L'Angola, le Brésil, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, le Mozambique et São Tomé-et-Principe. Ces 6 pays sont tous d'anciennes colonies portugaises.

Les pays qui abritent une très importante communauté portugaise : 

  • Venezuela, ce pays abrite une très importante communauté portugaise : plus de 400 000 Portugais y résident.
  • Le Sénégal a des liens étroits avec le Cap-Vert et la Guinée-Bissau, et dans sa partie méridionale, la Casamance, on parle le même créole de base portugaise qu'en Guinée-Bissau. Une importante communauté d'origine cap-verdienne réside au Sénégal, surtout dans la capitale, Dakar.
  • Andorre a des liens très étroits avec le Portugal, près d’un quart de la population est portugaise (12 789 Portugais recensés). Même si le catalan est la langue officielle d’Andorre, les Andorrans parlent volontiers un dialecte proche du portugais.
  • La France : L'immigration portugaise en France a eu lieu principalement dans les années 1960/1970, pour fuir la dictature. En dix-sept ans, les Portugais en France passent de 20 000 (1958) à 750 000 (1975). --> En savoir plus sur l'histoire de l'immigration portugaise en France.
  • Le canada compte plus de 400 000 personnes d'origine portugaise. Ils vivent en majorité en Ontario (300 000), et au Québec (60 000).

La Galice, en Espagne, possède une géographie, une histoire, une culture et une langue proches de celles du Portugal. En effet la langue galicienne et le portugais ont une origine commune. 

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Saint-Valentin au portugal "dia dos namorados"

Saint-Valentin "dia dos namorados"

Les sources avérées des origines de la saint Valentin remontent à la fin du moyen-âge.

C'est au XIV ème siècle que l'on prit l'habitude de former un couple au hasard en Angleterre. La coutume du "Valentinage" est née dans l'aristocratie anglaise à la fin du Moyen-Âge. Une jeune fille était associée à un jeune homme et durant la journée ils avaient des obligations l'un envers l'autre. Le valentin et sa valentine devaient s'offrir en secret des petits cadeaux et se faire des galanteries.

Le "valentinage" s'est enrichi de l'envoi de poèmes. 

Cette coutume d'échange d'amitié se transforma peu à peu en fête des amoureux. Dans les pays anglo-saxons les amis échangent aussi des mots d'amitié pour la Saint Valentin.

Depuis le XVIII e siècle la coutume de l'envoi des "valentines" s'est généralisée en Grande-Bretagne puis en Amérique du Nord où elle prend le nom de "Valentine's day".

Au Portugal, il existe une coutume similaire qui daterait du XVII ou XVIII, c'est une vieille tradition du nord du Portugal où les jeunes filles brodent des mots d'amour destinés à leur promis sur des "lenços de namorados" (mouchoirs des amoureux). La région du Minho est la plus riche en broderie de ce type. Les lenços de namorados sont aussi appelés "lenços marcados, bordados ou de amor". 

Dans le temps, il était coutûme d'enseigner aux filles, l'art de broder pour qu'à l'adolescence, elles commencent à préparer leur trousseau, "enxoval" (tradition qui consistait à confectionner milles et une choses utiles pour leur vie d'après le mariage (draps, couverts...).

La tradition des "Lenços de namorados" s'est diversifiée dans les villes de Viana do Castelo, Vila verde, Telões, Guimarães et Aboim da Nòbrega, qui ont chacunes leurs façons de broder.
Ceux de Aboim da Nòbrega se distinguent par leurs points de croix rouges, très travaillés, rigoureux et sophistiqués. Les autres, plus récents, se démarquent par l'explosion de couleurs vives brodées au point de croix, "pé-de-flor", "crivo", "cadeio" et "cheio". 
En règle générale, le "mouchoir des amoureux" doit être composé de points de croix, de multiples couleurs chatoyantes, d'un bord richement travaillé et surtout il doit être singulier, différent des autres mouchoirs.

Le “Mouchoir des Amoureux” ou “Mouchoir des désirs”, représente une donnée essentielle de l’art et de la culture populaire portugaise. Cette façon poétique et artistique était utilisée par les jeunes filles en âge de se marier. Il est constitué par un carré de lin ou de coton, que la jeune fille brodait à son gôut, ce mouchoir faisait partie de l'uniforme typique féminin et avait une fonction surtout décorative.

Ce mouchoir servait donc aussi à conquérir un “amoureux”. La jeune fille, bonne à marier, brodait son mouchoir à partir d‘un tissu de lin qu’elle possédait ou bien d’un mouchoir en coton acheté dans une foire appelé “Mouchoirs de l’armée”. Une fois brodé, le mouchoir était donné au “fiancé”, la liaison amoureuse commençait alors. 

Une petite variante : Le mouchoir de fiançailles, dans la tradition portugaise est une promesse du mariage à venir.

Le mouchoir de fiancés traduit les sentiments de celle qui le fait et est offert par la jeune fille à l’élu de son cœur. Il n’est remis que quand les fiançailles sont bien consolidées et l’amour est certain. Par ce geste les promesses sont faites et ce serait sacrilège et trahison de ne pas les tenir.

Son acceptation par le garçon signifie qu’il accepte le compromis et le montre publiquement en portant le mouchoir enroulé autour du cou, noué devant; dans la poche de sa veste du dimanche ou porté sur le bord de son chapeau.

Conclusion : Si vous souhaitez déclarer votre flamme, offrez ce mouchoir brodé de vos mots d'amour !

Il mêle déclaration secrète et déclaration publique. Il joue sur le montré-caché où se complait le discours amoureux. Le mouchoir doit être beau, fait de belles matières, décoré de dentelles ou de riches broderies, remplies de poèmes, de cœurs, d’oiseaux, de fleurs, de bateaux, de guitares...

PS : Comment dire je t'aime en Portugais : "Amo-te"

Idée cadeau romantique : Une boutique artisanale portugaise dédiée à l'amour !

http://namorarportugal.pt/pt/loja

"L'amour est un échantillon mortel de l'immortalité."

(Fernando Pessoa, En bref, trad. Françoise Laye , p.34, Christian Bourgois, 2004)

 

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La Révolution des oeillets - 25 avril 1974

« Grândola, vila morena,
Terra da Fraternidade,
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade...  » (extrait)

« Grândola, ville brune,
Pays de Fraternité,
C'est le peuple qui commande
Ici, oh cité »

Le 25 Avril 1974, au Portugal, la station catholique Rádio Renascença (Radio Renaissance) diffuse cette chanson de José Afonso. C'est le signal de départ de la « Révolution des Oeillets » : aussitôt, de jeunes capitaines se soulèvent contre la dictature instaurée par Salazar, 48 ans plus tôt.

Après quelques mois de turbulences, le pays va pouvoir reprendre sa place parmi les démocraties européennes.

Le Portugal en panne

À la fin des années 1950, le Portugal figure à la traîne de l'Europe occidentale pour le développement économique en raison d'une gestion excessivement prudente des dépenses publiques par le docteur Salazar. Le pays se voit contester sa souveraineté sur les derniers vestiges de son empire colonial, en Afrique et en Asie.

Aux Indes, les possessions portugaises de Goa Damão et Diu  sont annexées de force par l'Union indienne en 1961. La même année, en Angola, vaste colonie d'Afrique australe, les indigènes entament leur combat pour l'indépendance. D'autres soulèvements apparaissent en Guinée et au Mozambique, autres colonies africaines. Des soldats de plus en plus nombreux sont envoyés outre-mer pour les réprimer.

Pour le Portugal, à peine peuplé de neuf millions d'habitants, le « maintien de l'ordre » en Afrique devient une charge de plus en plus pesante. Jusqu'à 35% du budget national. 800.000 hommes y participent dans les années 1960 et 8.000 y trouvent la mort. Beaucoup de jeunes hommes émigrent clandestinement en vue d'échapper aux quatre années de service militaire et d'obtenir à l'étranger, en France surtout, de meilleures conditions de vie.

Marcelo Caetano succède à Salazar à la présidence du Conseil le 28 septembre 1968. Il ébauche une ouverture politique. Mais l'opposition parlementaire manque de consistance. C'est finalement de l'armée que viendra la révolte contre la dictature et la guerre outre-mer.

Coup d'État militaire

Le coup d'État du 25 avril 1974 est l'oeuvre de jeunes capitaines comme Otelo Saraiva de Carvalho ou Ramalho Eanes. Il réussit grâce à l'effet surprise des capitaines du MFA (Mouvement des Forces Armées) qui ont immédiatement pris possession des moyens de communication et obtenu le soutien actif de la population.

Les généraux António de Spínola et Costa Gomes lui apportent après coup leur concours mais ces généraux à l'ancienne, partisans d'une émancipation progressive de l'empire colonial, seront vite dépassés par les événements.

Une vendeuse de fleurs du Rossio, la grande avenue de Lisbonne, offre aux soldats les fleurs de saison qu'elle a à vendre : des oeillets rouges ! Le lendemain, le journal parisien Le Monde sort en première page : « La Révolution des Oeillets triomphe au Portugal ! »

Ce triomphe se produit en quelques heures et sans presque aucune effusion de sang. Si la redoutable police, la PIDE, n'a pas craint d'ouvrir le feu sur la population, faisant quatre morts et 45 blessés, le MFA, lui, n'a pas tiré un seul coup de fusil. Au bout des canons et au bout des fusils, un oeillet rouge !

Démocratie en construction

Pendant les mois qui suivent, Lisbonne bouillonne d'effervescence révolutionnaire. On refait le monde dans les bars de la capitale. On multiplie les occupations d'usine. On proclame des quartiers autogérés... Les progressistes du monde occidental n'ont d'yeux que pour ce pays, si négligé précédemment. Le reste du Portugal, néanmoins, se tient dans l'expectative, peu ou prou indifférent à tout ce bruissement.

Un gouvernement provisoire se met en place le 15 mai avec à sa tête le général Spinola, président de la République. Il rétablit les libertés et nationalise les secteurs-clé de l'économie. Le leader socialiste Mario Soares, ministre des Affaires étrangères, ouvre immédiatement des négociations avec les mouvements indépendantistes des colonies.

C'est dans la précipitation que celles-ci deviennent des États souverains : Guinée-Bissau en 1974, Angola, Mozambique, Cap Vert et Saint Thomas et Prince en 1975. Macao est un peu plus tard rendu à la Chine populaire. Timor-Est, sitôt évacué par les Portugais, est envahi par les Indonésiens.

Normalisation

Le Conseil de la Révolution du MFA, dominé par une majorité d'extrême-gauche, est dissous après qu'il eut tenté un nouveau coup d'État, le 25 novembre 1975. Les officiers modérés et les partis démocratiques reprennent l'initiative.

Une nouvelle Constitution, d'orientation sociale et démocratique, voit le jour le 2 avril 1976 et les élections législatives du 25 avril suivant consacrent le triomphe de la démocratie parlementaire. Mais la situation politique, économique et sociale du pays ne se normalisera vraiment qu'avec l'entrée du Portugal dans l'Union européenne en 1986.

Article publié ou mis à jour le : 2014-04-25 - par HERODOTE.NET
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chêne lège portugal

Le chêne-liège

Majestueux, il se tortille vers le ciel ! Vivre parmi les chênes-liège est un grand privilège. Leurs présences vous apportent un sentiment de force paisible. Cet arbre ancestral est protégé depuis des siècles par la loi de 1209 qui interdit l’abattage illégal.

Le chêne-liège aime vivre dans les sols sablonneux. Quercus suber est son nom latin. Son écorce épaisse aux allures crevassée peut atteindre 25 cm d’épaisseur. Son écorce l’isole et le protège des incendies. Ses feuilles sont petites et les glands sont longs. Une forêt de chênes-liège s’appelle une suberaie ( Sobreiral en Portugais )

Le Portugal est le plus grand producteur au monde de liège. La production annuelle mondiale de liège s'élève à 340 000 tonnes, dont 55 % pour le seul Portugal. L’extraction du chêne-liège est le travail agricole le mieux payé au monde car il nécessite une grande spécialisation.

L’extraction du liège se fait à l’aide d’une hache spécialement prévue à cet effet, la récolte du liège à lieu chaque année, une fois récolté sur un arbre, il faut attendre neuf ans avant de récolter à nouveau du liège. La quantité de liège prélevée est laissée à l’appréciation des spécialistes qui savent que récolter trop de liège pourrait nuire à l’arbre.

Le liège récolté sera stocké en tas pour sécher, il sera revendu à l’arroba ( environs 15 kg ). C'est tout un art de récolter le liège sans couper le tronc.

chene liege centenaire

Ces chênes viennent de l'Alentejo, à côté du Ranch do Novo Mundo : plus d'infos ici -->

alentejo, chêne-liège

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galette des rois portugaise

BOLO REI - La galette des rois

Selon la tradition, le Bolo Rei doit être accompagné de deux surprises : une fêve et un cadeau. Il est servi entre Noël et l'épiphanie : le 6 janvier qui est le jour des rois (Dia dos reis).

Cette tradition s'est inspirée de notre coutume française qui date du XIVe siècle. La Galette des Rois symbolise la rencontre du petit Jésus avec les rois mages. Depuis cette visite par les chrétiens, chaque premier dimanche de janvier les familles se réunissent pour désigner à l'aide d'une fève glissée dans la Galette des Rois un roi ou une reine.

La Galette des Rois fait aussi référence à l'épiphanie. L'épiphanie est un mot d'origine grecque composés de deux mots épi (sur) et phanéiä (révélation). Dans l'histoire la Galette des Rois était partagée en autant de portions que de personnes avec une part restante pour le premier pauvre qui se présentait.

La version portugaise de la galette, dont l’origine remonte au XIXè siècle, est un gâteau qui a l’aspect d’une couronne : il est rond, brillant, doré, avec un grand trou au centre, et des fruits confits et des fruits secs en garniture. Le Bolo Rei est importé vers 1870 au Portugal par la Confiserie Nationale de Lisbonne (qui existait il y a encore peu de temps sur la place du Rossio)

Celui qui recevra la fêve aura sa bonne étoile pendant l’année suivante et devra payer le bolo de l'année suivante. Celui qui recevra le cadeau donnera de la richesse à tous les gens qu’il rencontrera.

Une belle recette du Bolo Rei et bien d'autres gateaux de Noël ici : https://www.luisa-paixao.com/blogs/la-vie-au-portugal/les-desserts-portugais

La légende du gâteau des Rois

Il était une fois trois Rois Mages qui allaient apporter leurs présents à l’enfant Jésus.
Les Rois cheminaient en se disputant car chacun désirait offrir son cadeau le premier.
Les Rois rencontrèrent une vieille femme et celle-ci leur demanda :
- Pour quelle raison vous disputez-vous ainsi ?
Ils répondirent :
- Parce que chacun de nous veut offrir son présent le premier au petit Jésus.
La vieille femme dit :
- Je vais faire un gâteau et je reviens.
Un peu plus tard...
Voici un gâteau des rois. A l’intérieur, il y a une surprise et une fève. Celui à qui reviendra la surprise sera le premier à donner son offrande à l’Enfant Jésus. Et celui à qui reviendra la fève sera le dernier.
Les Rois acquiescèrent, chacun mangea une part du gâteau.
La surprise revint au Roi qui portait l’Or, et la fève, à celui qui portait la myrrhe.
Lorsqu’ils arrivèrent auprès de l’Enfant Jésus, ils lui offrirent leurs présents.
Le premier fut celui qui apportait l’Or, le deuxième, celui qui apportait l’Encens et le dernier celui qui apportait la Myrrhe."

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général Humberto Delgado

L'aéroport de Lisbonne porte le nom d'Humberto Delgado, héros de la démocratie au Portugal

Humberto Delgado est né en 1906 au Portugal. C'est un militaire qui sera promu le plus jeune général de l'Armée de l'Air à seulement 47 ans, sans doute pour ses positions contre le communiste qui sont identiques au régime de Salazar. Mais il basculera très vite dans l'opposition à Salazar pour défendre la démocratie.

En 1958, il se présentera aux élections présidentielles contre l'amiral Américo Tomás qui est soutenu par Salazar. Humberto Delgado déclarera lors d'un célèbre entretien avec le journaliste, Mário Neves, qu'il destituera le premier Ministre António de Oliveira Salazar en cas de victoire. Bien-entendu ces paroles sont une véritable déclaration de guerre au régime fasciste, dès lors on surnommera Delgado « le général sans peur », ou « le général sans jugeote » et il deviendra l'homme à abattre pour le régime de Salazar. Il perdra aux élections largement truquées et devra s'exiler à l'étranger. 

Sachant qu'il sera impossible de renverser cette dictature par la voie pacifique, Humberto Delgado créera un groupe armé grâce à ses liens avec les opposants à l'étranger, et il tentera une révolte à la caserne de Beja. Il deviendra la cible prioritaire de la police politique du régime, la PIDE, qui réussira à l'assassiner à la frontière espagnole de Villanueva del Fresno, le 13 février 1965.
Cette mort tragique l'élèvera au rang de héros de la lutte antifasciste au Portugal. Il sera le symbole de la Révolution des Oeillets qui aura lieu 9 ans après son assassinat et le Mouvement des Forces Armées réussira à renverser la dictature.
Parce que Humberto Delgado est le symbole de la démocratie, son nom est aujourd’hui associé à de nombreuses rues et places au Portugal.
L'aéroport de Lisbonne porte son nom depuis le 15 mai 2016, célébrant ainsi son 110eme anniversaire. une manière de rendre hommage à son rôle important pour la démocratie mais également dans le domaine de l’aviation civile. Humberto Delgado est l'un des fondateurs de la compagnie nationale TAP au Portugal en 1945, il a créé les premières lignes aériennes entre le Portugal, le Mozambique et l'Angola.

 

 

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independance-portugal-1er-dec

1er décembre 1640 : Le Portugal retrouve son indépendance

La Maison de Bragance est considérée par les rois portugais comme faisant partie de la famille royale. A la naissance de Jean, le Portugal est dirigé par le roi d'Espagne. Jean devient duc de Bragance en 1630 et se marie trois ans plus tard. En 1640, il profite d'une révolte en Catalogne pour pousser la noblesse portugaise à se soulever. 

Le 1er décembre 1640, la petite noblesse du Portugal se soulève contre les Espagnols qui occupent leur pays depuis quatre décennies. Elle rétablit l'indépendance du Portugal et porte sur le trône le duc Jean de Bragance (36 ans).

Le nouveau roi est couronné sous les acclamations populaires, et avec l'approbation des députés des Cortès, le 15 décembre et prend le nom de Jean IV (João IV). Il sera surnommé le Fortuné.

Le soulèvement bénéficie du soutien du cardinal français Richelieu, heureux de jouer un bon tour à la maison des Habsbourg qui gouverne l'Espagne... Il reçoit aussi l'appui intéressé des Hollandais et des Anglais, qui en profitent pour enlever au Portugal le monopole du fructueux commerce des épices.

Comme les Espagnols tentent quatre ans plus tard de reprendre pied au Portugal, Jean IV, souverain du Portugal s'allie à l'Angleterre et les défait à Montijo, près de Badajoz. Ce soutien lui permet également de reprendre le Brésil et l'Angola aux Hollandais.  Le pays se voit reconnaître son indépendance par l'Espagne en 1668 mais ne va plus sortir de l'orbite anglaise.

Sur le plan intérieur, Jean IV réalise de nombreuses réformes : modernisation du gouvernement et de l'armée, centralisation de l'administration coloniale. Comme tous les membres de sa lignée, Jean IV est aussi un amateur éclairé de musique, notamment religieuse. Son décès survient le 6 novembre 1656 à Lisbonne. Les Bragance régneront jusqu'en 1910.

Article extrait de herode.net - Lire aussi Le jour férié civil du 1er décembre va-t-il disparaitre ?

 

 

histoire,, indépendance portugal

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A partir de 1678, le vin porte le nom du port duquel ils sont exportés

Un peu d'histoire sur le porto et sa ville

Le commerce du Porto

Le transport des barriques des vins de Porto était au centre des préoccupations durant le XVII ème siècle.

En effet, initialement les vins destinés à l’exportation étaient acheminés difficilement, par voie terrestre, sur les pentes rocailleuses de la vallée du Haut Douro, jusqu’à Viana do Castelo.

Quand en 1667, Colbert, premier ministre du Roi Louis XIV, freine les importations de denrées anglaises, le Roi Charles II d’Angleterre, lui, taxera puis cessera toute importation de vin français.

Les marchands anglais voient là une opportunité d’augmenter le commerce de vins du Douro et privilégient le transport des vins par barques à destination de Porto. A partir de 1678, le vin porte le nom du port duquel ils sont exportés. C’est à ce moment là que les marchands, aurait selon les grandes maisons anglaises, ajoutés de l’eau de vie afin de fortifier les vins en augmentant la teneur en alcool et les empêcher de s’altérer pour leur longue traversée de l’Atlantique. En 1710, les marchands de Viana do Castelo viennent définitivement à Porto pour y développer leurs activités vinicoles et commerciales.

L’année 1780 marque le démarrage d’un projet herculéen, la démolition des amas granitiques du Cachão da Valeira afin de permettre la navigation des terres reculées, à l’est du Douro, obstruées par une cascade formée par d’énormes affleurements rocheux. Les premiers bateaux arrivent à se frayer un passage dès 1789, deux ans avant l’ouverture définitive des gorges qui, même désencombrées, resteront longtemps d’un danger extrême pour les bateaux. Et puisque le transport fluvial, seul moyen d’acheminer les vins hors de la vallée, n’était pas possible depuis les terres en amont de Cachão, très peu de vignobles s’y établirent. Ce n’est donc qu’à partir de l’ouverture des gorges en 1791 que ce secteur se développe. Appelé le « Douro Novo » avant de devenir le « Alto Douro », il devient synonyme de qualité, voire d’exception, ce qui aura contribué au rayonnement des vins de porto.

Jusqu’à une époque avancée du 20e siècle, le commerce du porto dépendait de la rivière Douro, seule route praticable permettant d’assurer le transport des vins depuis les vignobles vers les chais (« loges ») des négociants de la côte. Les premières indications connues de barques acheminant le vin remontent à environ 1200 et concernent les « barcos taverneiras » ou barques de taverniers. Cependant, durant la plus grande partie de l’histoire du porto et jusqu’au XXe siècle, les bateaux effectuant ce travail étaient les remarquables « barcos rabelos » que nous pouvons admirer le long du quai de Vila Nova de Gaia.

Avant la construction au XXe siècle d’une série de barrages, le Douro avait un cours rapide. La rivière alternait passages calmes et eaux vives bouillonnantes, surgissant par endroits d’étroits canyons bordés d’abruptes parois. Souvent, ces rapides s’enchainaient, créant de redoutables obstacles très difficiles à négocier. Conçu pour se faufiler avec précision au travers des eaux vives, l’ancien « barco rabelo » était une barque à fond plat, de faible tirant d’eau pour éviter le piège des hauts-fonds, et munie en guise de gouvernail d’un long aviron de queue que l’on manœuvrait à partir d’une plateforme surélevée. Une large voile était déployée lors de la remontée de la rivière, avec recours au halage dans les parties à contre-courant puissant : la barque était tirée depuis la rive par des bœufs attelés, mugissant sous l’effort voir de nombreux hommes. Vous pourrez voir ici la construction de A à Z d’une barque « rabelo ».Le nombre de barques opérant dans la rivière semble avoir beaucoup varié, les estimations allant d’une cinquantaine en 1751 jusqu’à plusieurs centaines au plus fort du trafic. A partir de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, pour répondre à la demande sans cesse croissante en vins de porto, les « rabelos » furent de tonnage de plus en plus important, les plus grands transportant régulièrement entre 70 et 100 foudres de vin. Mais plus il fut lourd, moins le « rabelo » fut agile et capable d’éviter les écueils. La loi de 1779 établit donc une limite maximale de 70 foudres, les grands « rabelos » opérant au XXe siècle acheminant rarement plus d’une cinquantaine de pipas. La prééminence du transport fluvial du vin et d’autres marchandises volumineuses cessa avec l’amélioration des moyens d’accès au Douro, à commencer par l’arrivée en 1887 du chemin de fer traversant toute la vallée. L’abandon du « rabelo » comme mode de fret se fit au profit du transport routier, si bien que de 300 « rabelos » immatriculés en activité dans les années 1930, il n’y en eut plus que six en 1961 dont le tout dernier aurait effectué son ultime voyage commercial en 1964.

Extrait du blog de José-Manuel

Comment déguster un vin de Porto -->

histoire,, porto

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Le châtiment de Lisbonne

Voltaire et le grand séisme de Lisbonne

Le tremblement de terre à Lisbonne, en 1755, fait réagir fortement Voltaire : Le mal existe, tonne Voltaire dans son Poème sur le désastre de Lisbonne, qui utilise ce drame pour mettre à bas le discours théologique sur les catastrophes, éléments visibles du châtiment divin. "Lisbonne, qui n'est plus, eut-elle plus de vices que Londres, que Paris, plongés dans les délices? Lisbonne est abîmée, et l'on danse à Paris..."

Par ce poème et les réactions qu'il suscite, Voltaire réussit à faire du tremblement de terre de Lisbonne (1755) un événement intellectuel.

"Un bel automne : 18 oC, ciel bleu, douce brise qui souffle du nord-est, selon Miguel Pedegache, correspondant à Lisbonne du Journal étranger, celui que dirige Fréron, l’ennemi de Voltaire. Il est l’un des témoins les plus exacts et les plus fidèles du drame.

Vers 9 h 40, une première secousse. D’abord légère : « Tout le monde s’imagina que c’était quelque carrosse qui roulait avec vitesse ». Mais longue, deux minutes. Trois autres, en neuf minutes. Violentes : les maisons se fendent, s’écroulent : « La poussière était alors si grande que le soleil en était obscurci. » Passent vingt minutes : le feu provoqué par les chutes des cheminées, l’éparpillement des foyers domestiques et les cierges qui illuminaient toutes les églises se répand dans différents quartiers. Le vent l’attise : « Personne ne songeait à arrêter les progrès de la flamme. On ne songeait qu’à sauver sa vie, note Pedegache, car les tremblements de terre se succédaient toujours… ». La mer menace « de submerger la ville […]. Les flots entraient avec fureur dans des lieux fort éloignés de la mer, et où il semblait impossible qu’elle pût jamais parvenir. […] Les vagues lançaient les vaisseaux, les barques et les bateaux contre la terre, les écrasaient les uns contre les autres… ».

Cette vague, ce tsunami d’une hauteur de 5 à 10 mètres, balaie une demi heure après la première secousse la partie basse et littorale de la ville : le Tage s’élève de 6 mètres. Sur la côte sud, des embarcations ont été transportées jusqu’à deux kilomètres à l’intérieur des terres. Vers 11 heures, une réplique. Et des pillards qui entrent en action. L’incendie devient gigantesque : il dure six jours, des flammes visibles à Santarém, à soixante-dix kilomètres au nord-est. Pedegache écrit, le 11 novembre : « Lisbonne est perdue et l’on ne pourra jamais la rebâtir dans l’endroit où elle était autrefois. » Jusqu’en septembre 1756, les secousses se répètent. On en comptera cinq cents."


Voici ce que nous pourrions dire aujourd'hui de ce séisme : Nous sommes le 1er novembre 1755, jour des morts, peu après neuf heures du matin, une secousse terrible d’une durée dit-on de huit minutes et estimée à posteriori entre 8.5 et 8.7 sur l’échelle de Richter se produit. Le séisme, dont l’épicentre sera identifié au large des côtes, juste en face de la ville de Lisbonne. Ce séisme fut ressenti à travers toute l’Europe des Açores jusqu’à Hambourg avec des débordements du Rhône et du Pô. A Paris, une réplique tardive est même signalée le 18 février 1756. Les registres paroissiaux de plusieurs villes en garde le souvenir. Peu après la secousse, les survivants se précipitent et se regroupent sur les quais où ils assistent au reflux de l’océan, mettant à nu les fonds sableux « jonchés d’épaves » puis voient avec effroi arriver la première vague d’un formidable tsunami dont la hauteur fut de 10 à 15 m et balaya jusqu’aux villes du golfe de Cadix. Les dégâts sont immenses et sont recensés tout au long de la côte atlantique de la péninsule ibérique. En plus du double événement que constitue le séisme et le tsunami s’ajoute, des incendies qui ravagent Lisbonne pendant cinq jours.

Le bilan humain et économique est immense et difficilement mesurable tant les destructions sont multiples et étendues. Le nombre de victime est toujours en débat pour plusieurs raisons : la destruction des registres paroissiaux de catholicité lors des effondrements et incendies multiples, le dénombrement des feux imprécis[1], la non comptabilité des « gens de peu » ou « gens de misère » et des enfants avant l’âge de 7 ans.

Des approximations réalistes ont été affinées depuis cette époque et les estimations les plus probantes avancent une fourchette de 15 à 40 000 morts sur une population de Lisbonne globale entre 180 et 220 000 habitants. Soit une mortalité directe (ensevelis, écrasés, traumatisés, brûlés, noyés…) d’environ 15%, à laquelle s’ajoutent des blessés et sans abris par dizaine de milliers. Egalement, il convient d’ajouter environ 20 000 morts sur l’ensemble des côtes du Portugal, soit un total général admis de 40 à 45 000 morts. L’impact économique de la catastrophe est estimé entre 32 et 48 % du produit intérieur brut du Portugal de l’époque

Pour revivre le tremblement de terre : visitez le "Lisboa Story Center"

ou examen de cet axiome :
TOUT EST BIEN.

Ô malheureux mortels ! ô terre déplorable !  
Ô de tous les mortels assemblage effroyable !  
D’inutiles douleurs, éternel entretien !  
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;  
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,  
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,  
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,  
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;  
Cent mille infortunés que la terre dévore,  
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,  
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours  
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !  
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,  
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,  
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois  
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »  
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :  
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »  
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants  
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?  
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices  
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices :  
Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris.  
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,

De vos frères mourants contemplant les naufrages,  
Vous recherchez en paix les causes des orages :  
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,  
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.  
Croyez-moi, quand la terre entr’ouvre ses abîmes,  
Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.  
Partout environnés des cruautés du sort,  
Des fureurs des méchants, des piéges de la mort,  
De tous les éléments éprouvant les atteintes,  
Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.  
C’est l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,  
Qui prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.  
Allez interroger les rivages du Tage ;  
Fouillez dans les débris de ce sanglant ravage ;  
Demandez aux mourants, dans ce séjour d’effroi,  
Si c’est l’orgueil qui crie : « Ô ciel, secourez-moi !  
Ô ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »  
« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »  
Quoi ! l’univers entier, sans ce gouffre infernal,  
Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?  
Êtes-vous assurés que la cause éternelle  
Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,  
Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats  
Sans former des volcans allumés sous nos pas ?  
Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?  
Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?  
L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains  
Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?  
Je désire humblement, sans offenser mon maître,  
Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre  
Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.  
Je respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.  
Quand l’homme ose gémir d’un fléau si terrible,  
Il n’est point orgueilleux, hélas ! il est sensible.  
Les tristes habitants de ces bords désolés  
Dans l’horreur des tourments seraient-ils consolés  
Si quelqu’un leur disait : « Tombez, mourez tranquilles ;  
Pour le bonheur du monde on détruit vos asiles ;  
D’autres mains vont bâtir vos palais embrasés,  
D’autres peuples naîtront dans vos murs écrasés ;  
Le Nord va s’enrichir de vos pertes fatales ;  
Tous vos maux sont un bien dans les lois générales ;

Dieu vous voit du même œil que les vils vermisseaux  
Dont vous serez la proie au fond de vos tombeaux ? »  
À des infortunés quel horrible langage !  
Cruels, à mes douleurs n’ajoutez point l’outrage.  
Non, ne présentez plus à mon cœur agité  
Ces immuables lois de la nécessité,  
Cette chaîne des corps, des esprits, et des mondes.  
Ô rêves des savants ! ô chimères profondes !  
Dieu tient en main la chaîne, et n’est point enchaîné [1]

Par son choix bienfaisant tout est déterminé :  
Il est libre, il est juste, il n’est point implacable.  
Pourquoi donc souffrons-nous sous un maître équitable [2] ? 
Voilà le nœud fatal qu’il fallait délier.  
Guérirez-vous nos maux en osant les nier ?  
Tous les peuples, tremblant sous une main divine,  
Du mal que vous niez ont cherché l’origine.  
Si l’éternelle loi qui meut les éléments  
Fait tomber les rochers sous les efforts des vents,  
Si les chênes touffus par la foudre s’embrasent,  
Ils ne ressentent point les coups qui les écrasent :  
Mais je vis, mais je sens, mais mon cœur opprimé  
Demande des secours au Dieu qui l’a formé.  
Enfants du Tout-Puissant, mais nés dans la misère,  
Nous étendons les mains vers notre commun père.  
Le vase, on le sait bien, ne dit point au potier :  
« Pourquoi suis-je si vil, si faible et si grossier ? »  
Il n’a point la parole, il n’a point la pensée ;  
Cette urne en se formant qui tombe fracassée,  
De la main du potier ne reçut point un cœur  
Qui désirât les biens et sentît son malheur.  
« Ce malheur, dites-vous, est le bien d’un autre être. »  
De mon corps tout sanglant mille insectes vont naître ;  
Quand la mort met le comble aux maux que j’ai soufferts,  
Le beau soulagement d’être mangé des vers !  
Tristes calculateurs des misères humaines,  
Ne me consolez point, vous aigrissez mes peines ;

Et je ne vois en vous que l’effort impuissant 
D’un fier infortuné qui feint d’être content. 
Je ne suis du grand tout qu’une faible partie :
Oui ; mais les animaux condamnés à la vie,
Tous les êtres sentants, nés sous la même loi,
Vivent dans la douleur, et meurent comme moi. 
Le vautour acharné sur sa timide proie 
De ses membres sanglants se repaît avec joie ;
Tout semble bien pour lui : mais bientôt à son tour 
Un aigle au bec tranchant dévora le vautour ;
L’homme d’un plomb mortel atteint cette aigle altière :
Et l’homme aux champs de Mars couché sur la poussière,
Sanglant, percé de coups, sur un tas de mourants,
Sert d’aliment affreux aux oiseaux dévorants. 
Ainsi du monde entier tous les membres gémissent :
Nés tous pour les tourments, l’un par l’autre ils périssent :
Et vous composerez dans ce chaos fatal 
Des malheurs de chaque être un bonheur général !
Quel bonheur ! ô mortel et faible et misérable. 
Vous criez « Tout est bien » d’une voix lamentable,
L’univers vous dément, et votre propre cœur 
Cent fois de votre esprit a réfuté l’erreur. 
Éléments, animaux, humains, tout est en guerre. 
Il le faut avouer, le mal est sur la terre :
Son principe secret ne nous est point connu. 
De l’auteur de tout bien le mal est-il venu ?
Est-ce le noir Typhon [3], le barbare Arimane [4],
Dont la loi tyrannique à souffrir nous condamne ?
Mon esprit n’admet point ces monstres odieux 
Dont le monde en tremblant fit autrefois des dieux. 
Mais comment concevoir un Dieu, la bonté même,
Qui prodigua ses biens à ses enfants qu’il aime,
Et qui versa sur eux les maux à pleines mains ?
Quel œil peut pénétrer dans ses profonds desseins ?
De l’Être tout parfait le mal ne pouvait naître ;
Il ne vient point d’autrui [5], puisque Dieu seul est maître :
Il existe pourtant. Ô tristes vérités !
Ô mélange étonnant de contrariétés !

Un Dieu vint consoler notre race affligée ;
Il visita la terre, et ne l’a point changée [6] !
Un sophiste arrogant nous dit qu’il ne l’a pu ;
« Il le pouvait, dit l’autre, et ne l’a point voulu :
Il le voudra, sans doute » ; et, tandis qu’on raisonne,
Des foudres souterrains engloutissent Lisbonne,
Et de trente cités dispersent les débris,
Des bords sanglants du Tage à la mer de Cadix. 
Ou l’homme est né coupable, et Dieu punit sa race,
Ou ce maître absolu de l’être et de l’espace,
Sans courroux, sans pitié, tranquille, indifférent,
De ses premiers décrets suit l’éternel torrent ;
Ou la matière informe, à son maître rebelle,
Porte en soi des défauts nécessaires comme elle ;
Ou bien Dieu nous éprouve, et ce séjour mortel [7] 
N’est qu’un passage étroit vers un monde éternel. 
Nous essuyons ici des douleurs passagères :
Le trépas est un bien qui finit nos misères. 
Mais quand nous sortirons de ce passage affreux,
Qui de nous prétendra mériter d’être heureux ?
Quelque parti qu’on prenne, on doit frémir, sans doute. 
Il n’est rien qu’on connaisse, et rien qu’on ne redoute. 
La nature est muette, on l’interroge en vain ;
On a besoin d’un Dieu qui parle au genre humain. 
Il n’appartient qu’à lui d’expliquer son ouvrage,
De consoler le faible, et d’éclairer le sage. 
L’homme, au doute, à l’erreur, abandonné sans lui,
Cherche en vain des roseaux qui lui servent d’appui. 
Leibnitz ne m’apprend point par quels nœuds invisibles,
Dans le mieux ordonné des univers possibles,
Un désordre éternel, un chaos de malheurs,
Mêle à nos vains plaisirs de réelles douleurs,
Ni pourquoi l’innocent, ainsi que le coupable,
Subit également ce mal inévitable. 
Je ne conçois pas plus comment tout serait bien :
Je suis comme un docteur ; hélas ! je ne sais rien.

Platon dit qu’autrefois l’homme avait eu des ailes,  
Un corps impénétrable aux atteintes mortelles ;  
La douleur, le trépas, n’approchaient point de lui.  
De cet état brillant qu’il diffère aujourd’hui !  
Il rampe, il souffre, il meurt ; tout ce qui naît expire ;  
De la destruction la nature est l’empire.  
Un faible composé de nerfs et d’ossements  
Ne peut être insensible au choc des éléments ;  
Ce mélange de sang, de liqueurs, et de poudre,  
Puisqu’il fut assemblé, fut fait pour se dissoudre ;  
Et le sentiment prompt de ces nerfs délicats  
Fut soumis aux douleurs, ministres du trépas :  
C’est là ce que m’apprend la voix de la nature.  
J’abandonne Platon, je rejette Épicure.  
Bayle en sait plus qu’eux tous ; je vais le consulter :  
La balance à la main, Bayle enseigne à douter [8]

Assez sage, assez grand pour être sans système,  
Il les a tous détruits, et se combat lui-même :  
Semblable à cet aveugle en butte aux Philistins,  
Qui tomba sous les murs abattus par ses mains.  
   Que peut donc de l’esprit la plus vaste étendue ?  
Rien : le livre du sort se ferme à notre vue.  
L’homme, étranger à soi, de l’homme est ignoré.  
Que suis-je, où suis-je, où vais-je, et d’où suis-je tiré [9] ? 
Atomes tourmentés sur cet amas de boue,  
Que la mort engloutit, et dont le sort se joue,  
Mais atomes pensants[10], atomes dont les yeux,  
Guidés par la pensée, ont mesuré les cieux ;  
Au sein de l’infini nous élançons notre être,  
Sans pouvoir un moment nous voir et nous connaître.  
Ce monde, ce théâtre et d’orgueil et d’erreur,  
Est plein d’infortunés qui parlent de bonheur.  
Tout se plaint, tout gémit en cherchant le bien-être :

Nul ne voudrait mourir, nul ne voudrait renaître [11]
Quelquefois, dans nos jours consacrés aux douleurs,  
Par la main du plaisir nous essuyons nos pleurs ;  
Mais le plaisir s’envole, et passe comme une ombre ;  
Nos chagrins, nos regrets, nos pertes, sont sans nombre.  
Le passé n’est pour nous qu’un triste souvenir ;  
Le présent est affreux, s’il n’est point d’avenir,  
Si la nuit du tombeau détruit l’être qui pense.  
Un jour tout sera bien, voilà notre espérance ;  
Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion.  
Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison.  
Humble dans mes soupirs, soumis dans ma souffrance,  
Je ne m’élève point contre la Providence.  
Sur un ton moins lugubre on me vit autrefois  
Chanter des doux plaisirs les séduisantes lois[12] : 
D’autres temps, d’autres mœurs : instruit par la vieillesse,  
Des humains égarés partageant la faiblesse,  
Dans une épaisse nuit cherchant à m’éclairer,  
Je ne sais que souffrir, et non pas murmurer.  
Un calife autrefois, à son heure dernière,  
Au Dieu qu’il adorait dit pour toute prière :  
« Je t’apporte, ô seul roi, seul être illimité,  
Tout ce que tu n’as pas dans ton immensité,  
Les défauts, les regrets, les maux, et l’ignorance. »  
Mais il pouvait encore ajouter l’espérance

Extrait d'un article écrit par Frédéric Valloire dans "Valeurs actuelles" - Lire le document

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